“l’honnête désaccord est souvent un bon signe de progrès„
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Identité perdue

28 Décembre 2006

La colonisation culturelle est bel et bien la plus dangereuse qui soit dans ce monde. C’est la seule où les armes de guerre sont en quelque sorte inoffensifs et passent largement inaperçus. Je parle des livres, journaux, magazines pour ados, émissions télé- et radio-diffusées, tous véhiculant une culture extérieure: occidentale pour la plupart.

Ça pourrait paraître raciste, mais c’est faux. Le Maroc est un pays ouvert à toutes les cultures, mais pas au point que certaines lui soient inculquées inconsciemment. Or malheureusement, c’est exactement ce qui est en train de se passer progressivement depuis un bon bout de temps.

Je crois qu’il faudrait se remettre en cause, et se demander: “Quelle est notre Identité?”, ou “où est-elle passée” plutôt. Voyons voir donc où l’a-t-on perdue.

En ce qui concerne les enfants, je ne crois pas avoir déjà entendu parler de dessins animés en dialecte marocain. Sinon la qualité des dessins arabophones laisse à désirer: la plupart sont traduits, donc importés d’une culture qui nous est étrangère, et manquent carrément d’innovation.

Pour les jeunes, sans évoquer les facteurs culturels qui engendrent les dérives, jetons un coup d’œil sur notre Education Nationale. Facile à deviner: c’est le chaos! Imaginez qu’un jeune Marocain ayant reçu tout au long de ses douze années d’études à l’enseignement primaire, au collège puis au lycée, une formation en arabe, puisse être confronté à poursuivre des études post-bac essentiellment en langue française!

Et il y en a pas mal de victimes de ce “système”: un élève pouvant obtenir des 18 et 19/20 en matières scientifiques aux contrôles et examens du bac, ne pourra pas faire grand chose à la faculté, puisqu’il ne retiendrait désormais plus rien ni des cours ni des livres, à cause de son manque de bases solides en langue française — encore moins au lexique scientifique.

Pour que la transition lycée-faculté soit plus facile et logique, il faudrait ou arabiser les programmes de l’université, ou re-franciser le programme scolaire. Je me demande cependant si cette dernière option ne serait pas un retour en arrière insignifiant…

Quant aux adultes et au-delà, c’est le domaine professionnel qu’il faudra citer, puisqu’il est aussi bien marqué par la francophonie. Mais sérieusement, après une culture générale essentiellement francophone et des études en français, se trouver dans un domaine professionnel où cette même langue domine est une suite parfaitement cohérente. On serait étonnés si les choses étaient autrement. C’est bien dommage.

Qu’en est-il donc de la prétendue langue officielle du pays, l’arabe? et notre dialecte? Certains m’ont reproché, pour ma position quant à la Darija versus l’arabe, que je ne faisais pas de distinction entre une langue proprement dite et un dialecte. Mais le français, l’italien, l’espagnol ne sont-ils pas des dialectes du latin, qui se sont transformés en langues officielles et indépendantes comme ils sont aujourd’hui?

Je crois qu’entre dialecte, arabe et français, l’intrus ne passe pas inaperçu. Il faudrait donc songer à ce qu’on doit faire, nous en tant que simples citoyens pour corriger les erreurs du passé, desquelles l’impact se prolongera encore et toujours au futur, puisque les autorités compétentes ne semblent pas fortement intéressées.

Des commentaires connexes intéressants, que j’ai collectionné depuis divers blogs, sont à lire aussi.

par Yahia Chlyeh | classé dans Société

Commentaires (8)

  1. – On trouve au Maroc ceux qui disent que même la culture arabe y compris l’Islam est une force qui vient d’une “culture extérieure”

    – Je propose que la perte d’identité est un passage nécessaire pour toute culture modernisante. Marx a dit que la révolution industrielle a coupé les racines du féodalisme en Europe, alors pourquoi pas la même chose au Maroc? Voir mon commentaire sur la “perte d’identité” (”Moroccans need to lose their identity just as Europeans have, in order to reconstruct it”):

    http://www.eatbees.com/rad/lossofidentity.html

    – Les riches au Maroc assurent une formation de qualité à leurs enfants, c’est-à-dire malheureusement une formation francophone, et de plus en plus anglophone. Les réalités économiques oblige aux Marocains qu’ils connaissent au moins une langue étrangère pour entrer au domaine professionnel. On peut faire des plaintes ou se préparer, et les riches se préparent. On peut même se demander si l’esprit critique et analytique existe aujourd’hui en arabe, mais c’est sûr qu’on ne l’enseigne pas au Maroc. Pourquoi? Pour un perspectif sur le décalage éducatif entre riches et pauvres au Maroc, voir mon billet “Waiting for the Rain”:

    http://www.eatbees.com/blog/2006/12/16/waiting-for-rain/

    – Mais rien est perdu en fin de compte. Comme l’ADN, la culture se reproduit en s’adaptant, ou s’adapte en se reproduisant. Ne crains rien, la colonisation culturelle existe dans les deux sens! Comme solution, on peut toujours apprendre des juifs qui ont préservé leur langue et leur culture pendant 2000 ans d’asile. ça commence, je crois, par valoriser l’esprit cultivé, critique et philosophe chez les jeunes.

    Merci et Aid Moubarak Said….

  2. Eatbees, tes réfléxions sont très intéressantes! Mais moi je vois que cette perte ne crée aucun résultat positif, alors que ça a duré et que ça continue toujours!
    Crois-tu que la solution est aux mains des riches? De toute façon, c’est tout le système éducatif qu’il faut réparer ou rénover pour pouvoir donner de l’espoir à la jeunesse.
    Par contre, on peut dire que les juifs sont bien avancés; il ne faut que voir leurs universités et les recherches qui s’y font, leur avancée technologique, etc.

  3. “je vois que cette perte ne crée aucun résultat positif, alors que ça a duré et que ça continue toujours” — mais l’Occident aussi a peur de perdre son identité française, hollandaise, américaine à cause de vous, les Marocains ! :D — alors quoi faire, le monde est flou, j’essaie à voir la situation de son côté philosophique — faut prendre les avantages là où ils se trouvent….

    “crois-tu que la solution est aux mains des riches?” — espérons que non! — je veux dire qu’ils ne donnent aucune solution, ils profitent tout simplement, et c’est là le problème, ils donnent à leurs enfants une formation particulière qui n’est pas disponible au marocain “lambda” — alors je partage ton avis — “c’est tout le système éducatif qu’il faut réparer ou rénover…” — mais qui payera les frais?

    Faut préciser que je parle comme le petit-fils d’un simple paysan avec un an à l’école, qui a quitté la Sicile pour chercher ses avantages ailleurs, aux USA, ce qui a donné à ma mère enfin la possibilité de gagner une maîtrise, et moi, d’être bloggeur qui lance des provocations un peu partout :-) — je suis toujours solidaire avec les émigrés, et ceux qui doivent s’adapter pour faire leur chemin — mais je crois qu’on est tous conscients que la vraie solution ici serait la réforme politique au Maroc — on peut toujours espérer….

  4. ValiseAmbulante le 09/01/2007 à 18h

    Yahia, les universités ne donnent pas leurs cours uniquement en Français (J’sais pas si ça dépend de la branche choisie..); la fac de philo (et d’histoire/geo aussi j’crois..), c’est en arabe qu’on s’y forme. En plus pour pas qu’on te fasse chier a 100% (On ze3ma le système) ben on nous donnait un cours (ou deux) (sur neufs ^^) en arabe a la fac d’économie (j’avoue je sais pas du tout a quoi ça servait mais bon.. un peu comme tout les autres cours du monde, mais ne nous égarons point). Mais sinon, “normalement”, après DIX ans de français (a raison de plusieurs heures par semaine hein..), normalement, un individu doit être capable de parler où ne serais-ce que comprendre cette langue. Elle ne lui est donc pas si nouvelle que ça lors de sa rentrée a l’université, donc, a mon non-humble avis :$, le problème est ailleurs (comme la vérité dans X-files, trop bien). En gros c’est la qualité de l’enseignement qu’est (beaucoup trop) merdique (avec tout mes respects à Mr. Ghziel et Soui3a (je vous jure que je sais plus son nom, ce n’est pas de l’irrespect)), où alors l’individu qu’est trop con (A vous de choisir, personnellement, j’opte plus pour la première trukette même si je suis le parfait exemple de la deuxième.. Ben oui, je n’ai jamais compris ce qu’un prof disait.., ce n’est certainement pas de sa faute a lui hein..).

    Ensuite, tu trouves pas ça un peu réducteur de réduire l’ “identité” d’une personne a sa langue.. genre quand tu te perce la langue t’as une identité trouée >_> (ça c’était la blague pas drôle de la journée).

  5. Pas une réforme politique uniquement, Eatbees, mais à plusieurs niveaux. Par contre (si tu pouvais être plus clair) je ne partage pas le fait que “l’Occident aussi a peur de perdre son identité à cause de [nous] les Marocains”
    Il existe une influence culturelle entre les deux parties, mais celle des pays en voie de développement peut certainement être négligée en présence de celle de l’occident et des pays riches non?!

    Valise, tu dis que “normalement, un individu doit être capable de parler où ne serais-ce que comprendre cette langue.”
    Tu sais bien que chez nous on n’enseigne pas l’arabe comme il le faut, alors que dire à propos du français, surtout dans les établissements publics! Il faudrait donc repenser à ce que tu dis. A ajouter que les cours de “Traduction” scientifique au lycée ne servent pratiquement à rien.
    Et je te rejoins dans le fait qu’on n’étudie pas tout en français à l’université. Mais dans la plupart des branches ou formations, c’est la langue de Molière qui domine.

    D’autre part, on ne réduit pas ici l’identité uniquement à la langue. Mais c’est que l’utilisation d’une langue donnée engendre l’ouverture à des cultures données. Et notre cas est mal.

  6. Je crois que l’Identité est un corps en mutation éternelle. Elle est et sera toujours une éponge face à d’autres corps “étrangers”. Au Maroc, hélas, l’identité nationale est tiraillée entre trois langues qui cachent PARFOIS des idéologies (colonialiste ou ethnique).

  7. […] is a young Moroccan who has lived in Tangier all his life. In a post titled Loss of Identity he writes: Cultural colonization is surely the most dangerous kind there is in the world. It is […]

  8. […] about personal things like “My goldfish died today.” Instead, he chooses a theme like loss of identity, homosexuals in society, television or global warming and examines it in detail. His motto is, […]

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