École de rêve
5 Avril 2008
Plusieurs personnes ont tenté de se suicider dans la capitale de mon pays, certains en se brûlant, d’autres en s’empoisonnant. Ces gens n’étaient pas des prisonniers politiques. Ils étaient tout simplement sans emploi et demandaient à l’État de leur en trouver un. Quelques uns d’entre eux sont toujours là, à la capitale, attendant que le nouveau gouvernement les emploie. Certains avaient été là-bas pour des années. D’autres vont y rester des années à venir. Pourquoi? Parce que, en tant qu’étudiants, ils avaient une seule chose en tête: finir l’école et avoir un job.
En tant qu’enseignant non gouvernemental, j’ai exercé dans différentes écoles, y compris deux publiques, et en dehors de l’école. La majorité, sinon tous les étudiants que j’ai eus avaient la même idée en tête: finir les études pour travailler. C’est comme s’ils étaient programmés de la même façon. L’éducation scolaire est insensée, sans but, inutile et sans goût si elle n’aboutit pas à un emploi après la remise des diplômes.
Lorsqu’ils se rencontrent, les diplômés n’ont rien d’autre à discuter sauf se demander s’ils ont trouvé un travail. Au sein de la famille, dans le quartier, un chômeur ne vaut rien jusqu’à ce qu’il trouve du travail. Un balayeur avec un revenu risible devient plus important qu’un docteur sans emploi.
Hier, j’ai rencontré un enseignant d’anglais en lycée public pour plus d’une décennie, qui ne pouvait pas écrire une seule ligne sur Word. Et ce n’est qu’un exemple. je connais des professeurs universitaires d’anglais qui ne connaissent rien des blogs et forums de discussion. Et encore, dans la société, ils sont importants parce qu’ils ont un revenu stable, certains ont une voiture, et une maison. Ils sont mariés et ont des enfants. (Ce sont pour eux les signes du succès.) Leur profession? Eh bien, comme j’ai dit, ils enseignent. Ils vendent l’anglais comme un épicier vendrait des légumes. Qu’en est-il de la culture? La culture fait-elle gagner de l’argent? Si c’est le cas, c’est génial. Sinon, pourquoi se faire tuer par pouces?
Lorsque ces gens — je veux dire ces professeurs et d’autres comme eux — ont un problème, qu’est-ce qu’ils font? Eh bien, ils demandent à leurs mères, qui n’ont jamais été à l’école. Une professeur universitaire irait au même marabout que sa mère analphabète était habituée à consulter.
Alors, qui est responsable? Je n’accuserai personne. Je rêve juste d’une école où les gens seraient “plus” créatifs. Je rêve d’une école où et les enseignants et les élèves auraient assez de temps pour lire et discuter. Aux écoles que je connais, les élèves passent une grande partie de la journée en classe. Leurs enseignants leur donnent un nombre croissant de livres et polycopiés qui ne vont tout simplement pas être lus par la majorité des élèves. Ils n’ont pas assez de temps pour la lecture. Ils ne peuvent pas lire chez eux car ils doivent manger, regarder la télé, jouer avec les amis et dormir. Le jour de l’examen, ceux qui n’ont pas lu leurs bouquins et polycopiés vont copier de la minorité qui a fait ses devoirs. Résultat: des diplômés qui ne savent absolument rien du monde. Tout ce qu’ils savent, c’est qu’il y a un État qui doit leur trouver du travail.
Maintenant, et s’il y avait un peu plus de temps pour lire à l’école et pas à la maison, je me demande bien! Pourquoi les élèves ont-ils à passer tout leur temps dans des classes encombrées? Et s’ils étaient autorisés à passer la moitié du temps à prendre les leçons en classe et l’autre moitié soit à lire à la bibliothèque, ou même dans la cour, ou à discuter entre eux de ce qu’ils lisent? Et si les enseignants eux-mêmes étaient autorisés — sinon forcés — de passer un peu de leur temps à l’école à lire et acquérir des compétences, tels que saisir un texte sur Word? Aussi simple que cela. C’est de cette école-là que je rêve. Une école où un étudiant peut apprendre davantage sur le monde, la vie, les problèmes et les façons de les résoudre créativement sans compter sur l’État pour tout faire pour eux? Je sais que je suis juste en train de rêver. Mais contrairement à plusieurs collègues et anciens camarades, je ne compte pas sur mon gouvernement pour tout faire pour moi. Voilà. C’est mon école de rêve.
Traduction (avec modifications mineures) du texte original (en anglais) par Yassine el-Oulidi Ezzhar & Yahia Chlyeh.
Commentaires (3)
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je comprends votre malheur, votre tristesse!!! Moi même je suis en chômage technique et je sais ce que c’est. Mais comment voulez vous trouvez du travail lorsque d’autre le trouve avec des coup de pistons ,pour bosser surtout au niveau de Rabat, soit tu as un parapluie que tu sors, soit tu ne l’as pas!! c difficile mais c la réalité, et il faudrait revenir au niveau de l’enseignement, mais pour cela il nous faudrait un an de discussions non-stop. bonne continuation et à bientôt:)
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c est qu on vit encore dans le mirage d un luxe passe.l ETAT PROVIDENCE est une periode morte et enterree depuis belle lurette .pourtant meme de ce temps la , les professeurs disaient a leurs eleves que diplomes ne signifiait pas necessairement etre fonctionnaire .mais bon c est congenital aussi que d avoir l esprit d assistanat.
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Quelque part en nous on se sent heurté par rapport à l’enseignement marocain. La plupart des éléves ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et ce n’est pas de leur faute…J’ai toujours été chagrinée par rapport à ce sujet.
ça fait du bien de réver quelque fois mais on finit toujours par replonger dans la réalité amère…