Décomposition des religions
2 Décembre 2008
Au fil de son évolution, l’être humain a mis au point trois différentes conceptions du monde: animiste, religieuse, puis scientifique. Dans la conception animiste, la divinité résidait dans la nature, les hommes et les objets, d’où l’utilisation de la magie pour influencer ou contrôler l’âme des choses du monde extérieur. Selon Freud, même si c’est une vision primitive du monde, la conception animiste reste la plus intelligente car la plus globale de toutes. Mais il a fallu que cette vision se transforme en une conception religieuse lorsque, constatant qu’il ne peut finalement pas comprendre ni contrôler tous les phénomènes de la société et de la nature, l’intellect de l’être humain donna naissance au concept de “dieu”, en l’élevant haut dans les cieux, tout en lui attribuant tous les mystères du monde, ce qui était une paresse aussi bien qu’une solution d’auto-soulagement puisque rien ne pouvait réfuter l’idée de dieu qui relève a priori de l’inconnu. (Si plusieurs dieux de religions païennes ou autres étaient personnifiés, on pourrait considérer ces croyances comme des formes de conception transitoires.)
On peut constater la complexité du phénomène de la religion dans l’instrumentalisation que chacune des milliers de celles-ci font du concept de dieu, mais toutes tendraient vers l’organisation des rapports des êtres humains entre eux, puis des humains avec le ou les dieux (pratiques et sacrifices), et l’explication des phénomènes par les manifestations divines de dieu (ici, son rapport avec les humains). Cependant, la motivation de toute religion serait différente si son objectif était d’expliquer sincèrement les phénomènes naturels en les attribuant à une force divine inconnue, dieu, tout en énonçant des orientations pour éviter ses manifestations indésirables telles les catastrophes naturelles, ou de réguler la société en prenant le rapport de dieu avec les humains comme prétexte.
De nos jours, la conception religieuse cède de plus en plus sa place à celle scientifique, mais sans pour autant la laisser s’y substituer, puisqu’on remarque qu’au sein de pays scientifiquement et techniquement avancés émergent des mouvements religieux conservateurs tels le créationnisme aux États-Unis, ou alors l’extrémisme dans les pays en développement. Au sein de ces derniers, tel le Maroc, la transition vers la conception scientifique passe par une étape intermédiaire qui est celle de la justification. En effet, entre foi totale en tout ce qui est enseigné par la religion et absence totale de foi en la religion, une société religieuse comme la nôtre, transpercée par la culture occidentale et donc scientifique, commence d’abord par justifier sa foi et donc ses pratiques religieuses par l’idéal occidental (qui s’impose par le mode de vie et les rapports sociaux nouvellement entretenus) qui n’est autre que le progrès scientifique lui-même. À l’heure où l’islam débarquait et les hommes y adhéraient, personne n’affirmait que le jeûne était “effectivement” bon pour la santé ou que le porc ne l’était pas, basé sur les résultats d’une étude scientifique menée quelque part dans le monde.
Il est clair que si on commence à légitimer notre croyance par la science c’est que notre croyance n’a plus de consistence. Mais encore, selon Rachid Benzine, il est erroné de comparer la vérité religieuse à la vérité scientifique puisque la science ne procède que par réfutation tandis que l’enseignement des religions reste figé pour l’éternité. Au Maroc, et comme dans d’autres pays semblables, la conception scientifique s’installera définitivement une fois l’étape de justification franchie, ce qui est pour bientôt.
Il faut dire que la transition de la conception animiste à celle religieuse était prévisible puisque face à l’inconnu, l’être humain a besoin de croire au moins en quelque chose, même si le sujet de cette croyance serait de facto inconnu, du moment où sa base de sécurité est assurée. Mais comment expliquer la transition du monde religieux au scientifique puisqu’on qualifie les athées d’incroyants? Avec la nuance séparant l’athée du déiste et de l’agnostique, les trois pourraient se réunir autour de deux croyances différentes: croire au progrès scientifique (ce qui est courageux puisqu’au lieu de se résoudre, les mystères ne font que se multiplier lorsque l’un d’entre eux est résolu) et/ou à l’humanité (avec le respect de la différence et la mise en commun de valeurs universelles sans nul besoin de texte religieux pour les lui édicter).
On dit que “la science a une vérité fort modeste en comparaison des promesses des religions.” Je crois qu’on a donc besoin qu’une conception scientifique du monde soit communément admise et que la religion, sans toutefois décliner, puisse se ranger dans le champ des affaires personnelles de tout un chacun qui observerait ses règles sans avoir à les imposer aux autres, nous évitant ainsi conflits et ségrégations dûs à la pluralité des textes et de leurs interprétations, ainsi que toutes les contradictions qu’ils renferment.
Aujourd’hui, plus de la moitié des jeunes gens que je côtoie me déclarent que les convictions personnelles des autres ne les concernent pas, qu’ils ne cherchent pas à ce que les autres leur ressemblent, et je trouve cela un exploit vu le contexte social hostile dans lequel nous vivons. Aussi, une fille voilée m’avait dit: “sois ce que tu veux tant que tu es bon avec moi.” L’évolution est donc enclenchée. On est sur la bonne voie, et Albert Einstein l’a affirmé: “comme le comportement moral de l’homme se fonde efficacement sur la sympathie et les engagements sociaux, il n’implique nullement une base religieuse.”
Commentaires (5)
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“Il est clair que si on commence à légitimer notre croyance par la science c’est que notre croyance n’a plus de consistance”
Je suis d’accord.. J’ajouterai même que je suis très sceptique à l’idée de trouver des significations scientifiques aux versets coraniques (الإعجاز العلمي للقرآن), nous n’avons pas besoins d’autre preuve que le Coran lui même pour assumer pleinement notre conviction religieuse.. Les compagnons du prophète (pbsl) disait que même s’il voyaient devant leurs yeux les anges, l’enfer ou le paradis, cela n’ajouterait rien à leur foie actuelle, qui donc déjà accomplie
A la rigueur cette démarche serait plus bénéfique aux non croyants qui ont besoins d’un coup de pousse pour se décider.. Dieu avait dit dans le Coran “سنريهم اياتنا في الافاق و في انفسهم حتى يتبين لهم انه الحق” traduction : ” Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela (le Coran), la vérité. ” donc la parole ne nous est pas destinée à nous, elle LEUR est destinée -
Tout est dit dans ce passage :
“Je crois qu’on a donc besoin qu’une conception scientifique du monde soit communément admise et que la religion, sans toutefois décliner, puisse se ranger dans le champ des affaires personnelles de tout un chacun qui observerait ses règles sans avoir à les imposer aux autres, nous évitant ainsi conflits et ségrégations dûs à la pluralité des textes et de leurs interprétations, ainsi que toutes les contradictions qu’ils renferment.”
Mais vu que la grande majorité de la société baigne jusqu’à la moelle épinière dans l’irrationnel, je ne partage pas ton optimisme…
Ce n’est pas demain l’éveil… -
Si j ai bien compris pour toi la religion(croyance ) et la science ne peuvent s’assimiler(pas du tt le mem combat !) et si on cherche a démontrer l’une par l’autre alors hérésie ….
C’est totalement compréhensible
La science moderne celle des nombres est en partie le cheminement d’une croyance (religieuse ou d’autre ) du moins c’est le seul moyen que l’home a devloppé pour s’affranchir de son besoin de croire …
Voilà qui me pousse a affirmer que sans croyance (les plus primaire) la destinée humaine n’aurait pas évoluer autant … par là j’ affirme la positivité de la croyance même dans les périodes les plus noir de l’histoire humaine , la religion était tjrs là pour pousser les simples mortelles que nous somme a innover ;
les pyramides existeraient sans la prétention pharaonique d’égaler les dieux des cieux !!
je vois pas comment dévloper une conception purement scientifique du monde ..alors même que la croyance est le moteur du progrès ( le progrès au sens large )
les précheurs de la rationnalisation des esprits sont les ratés de la logique…
une logique moins scientifique et plus humaniste .
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Je suis tout à fait d’accord avec toi surtout lorsque tu dis que la religion devrait se ranger dans le champ des affaires personnelles. Cependant, je ne suis pas vraiment d’accord quand tu dis qu’on a besoin d’une conception scientifique du monde qui soit communément admise. C’est en quelque sorte ce qui existe depuis toujours : des vérités immuables que nul ne peut réfuter… Mais l’origine est quelque part une croyance. D’autant plus que je crois que la sphère de la science et celle de la religion se rejoignent dans la perception de chacun et je dirai même qu’il y a une interaction entre les deux. Chacun va s’adapter et va se comporter avec une proportion religieuse et une autre, disons ‘scientifique’. Et je pense que même le fait d’être athée implique une certaine croyance qui n’a rien à voir avec la science…
Je n’aime pas trop la citation d’Einstein. Il avait tort. Le comportement moral de l’homme résulte d’un tout. C’est une bulle qu’on traine tout au long de notre vie et qui ne cesse d’être nourrie par de nouvelles expériences et convictions. Une base religieuse est même un moyen de tisser des affinités trop poussées là où rien n’aurait pu le faire. Sinon, si la sympathie et l’engagement social suffisaient on n’aurait pas eu ou que rarement des aspects de violence et de racisme. -
Yassine le 14/12/2008 à 12h
Mahdi :
dixit “les précheurs de la rationnalisation des esprits sont les ratés de la logique…
une logique moins scientifique et plus humaniste .”> Faudrait peut être prêcher l’irrationnalisation des esprits pour être logique ?