Discuter ne revient pas forcément à étaler sa marchandise
5 Juillet 2009
Après ma rencontre avec un jeune dans un parc, je remarquais au fil de ma discussion avec lui qu’il s’était empressé de lancer des “je vais t’expliquer” et “je ne prétends pas que tout ce que je dis est vrai”, signe d’un égoïsme un peu démesuré. D’où viendrait cette grande confiance ? Elle vient du fait qu’il a étudié plusieurs références et ouvrages se rapportant à la question discutée, et c’est là où se trouve le problème, car dans une société majoritairement inculte, prendre un livre quelconque entre les mains est signe d’une “éducation” hors norme ; à ce stade, comment oser questionner l’authenticité d’un livre ou des propos d’un auteur ? Ce n’est pas facile dans un contexte où le livre comme support d’information est mystifié tellement il est absent dans la vie quotidienne.
Je pense qu’il est faux de se dire qu’on dit vrai, et imposer ce qu’on dit aux autres uniquement parce qu’on a puisé profondément d’une seule source ou d’un seul support. Personnellement, après avoir entendu les répliques plus ou moins arrogantes du jeune homme qui m’étaient adressées, j’aurais tout bonnement quitté la conversation car une discussion pour moi n’est pas une occasion de se prouver soi-même mais au contraire d’être prêt à renoncer à une partie de ses propres vérités pour les confronter à celles de l’autre. Cependant, cela ne convient pas à la tout le monde puisqu’on tend à préférer la sécurité de la vérité à son authenticité, mais il faudrait se dire que notre propre vérité est en sécurité tant qu’elle est bien fondée, et être tout le temps ouvert aux changements progressifs ou précipités. Donc dans une discussion a lieu nécessairement des sacrifices, cela pour que l’échange puisse se faire, mais si le sacrifice est unilatéral, la discussion n’aboutit pas. Pendant cette discussion, même si j’ai été offensé par le comportement de mon interlocuteur, j’ai quand même continué sans faire attention à ce qu’il m’a dit.
En général, on pense que celui qui accumule un savoir quantitatif important aurait forcément raison, mais cela est faux parce que tant on creuse profondément tant l’opinion formée peut être colossalement fausse, et changer d’avis peut prendre aussi longtemps que la durée de son élaboration. De ce fait, il faudrait toujours essayer de donner l’occasion à l’autre de nous parler de ce que l’on sait déjà. Par ailleurs, je n’accorde pas de statut spécial à un académicien par exemple en tant que détenteur du savoir. Dans certains cas, un paysan ou un bricoleur, dans sa propre logique, peut s’avérer être plus sage qu’un doctorant suffisant.
Commentaires (3)
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Ce genre de situation est très courant sur la blogoma, notamment chez les commentateurs.
Cet espace virtuel devrait pourtant être un espace d’échange d’idées. Il est devenu un “espace où l’on étale sa marchandise” ou plutôt où l’on “impose” sa marchandise!
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Anonymous le 05/07/2009 à 23h
une discussion pour moi n’est pas une occasion de se prouver soi-même mais au contraire d’être prêt à renoncer à une partie de ses propres vérités pour les confronter à celles de l’autre.
Une preuve de tolerence.
un paysan ou un bricoleur, dans sa propre logique, peut s’avérer être plus sage qu’un doctorant suffisant.▮
Très juste, c’est une question de temps et d’espace (experience dans le temps et dans l’espace) -
Two thoughts:
1) It has been said that the man who has read a single book, and is convinced it is right, is more ignorant than the man who has read none.
2) Is the subtext of this piece, perhaps unconsciously, religion and those who are convinced its truths are the sole truth to be imposed on everyone?