“l’honnête désaccord est souvent un bon signe de progrès„
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Il n’y a pas de connaissance sans préjugé

6 Novembre 2009

À chaque détour de discussion, surtout lorsqu’il s’agit de s’atteler à des phénomènes sociaux, on a l’habitude d’entendre naïvement dire qu’il faudrait “lutter contre les stéréotypes et les préjugés”. D’abord, dans un souci de précision, il faudrait distinguer entre deux catégories de stéréotypes.

Un stéréotype négatif a essentiellement une fonction d’exclusion de l’autre. Il prend place lorsqu’on pense que toutes les personnes démunies qui se promènent dans les rues sont agressives ; que des parents analphabètes vont forcément avoir des enfants analphabètes aussi ; ou lorsqu’en tant qu’homme/femme blanche, on pense que les noirs sont potentiellement “sales” ou ne mènent pas une gestion efficace de leur hygiène.

En commun accord, on pense que les stéréotypes portent toujours atteinte à leurs cibles et on néglige l’existence d’une deuxième catégorie de stéréotypes qu’on qualifierait de “neutre”. Un stéréotype neutre prend place lorsque l’on pense que les médecins et les ingénieurs constituent l’élite de la société de par leur éducation et qu’ils ne peuvent de ce fait pas attester d’une ignorance ou inculture quelconque, ni même d’un attachement à des valeurs ou idéologies qu’on juge dépassées ; que tout Européen ou Américain qui se trouve sur nos terres est forcément riche ; ou lorsque les adolescent(e)s idéalisent leurs stars et effectuent des transferts d’ordre comportemental et moral sur ces dernières. Le stéréotype neutre ne porte pas d’atteinte explicite à sa cible. Mais, même s’il peut être considéré comme inclusif, il est par essence nocif parce que son émetteur idéalise la cible, une idéalisation d’autant plus grave dans la mesure où elle désoriente et parfois déçoit les personnes qui formulent, et donc intègrent ces stéréotypes dans leurs schèmes de pensée. Il est aussi nocif pour la cible (mais à moindre mesure qu’au cas du stéréotype négatif) parce que cette dernière peut se trouver contrainte d’encaisser les effets de la déception de l’autre qui cherche à vérifier son stéréotype tacite.

Le stéréotype et le préjugé sont intrinsèquement liés. Le préjugé est une sorte d’hypothèse attendant d’être vérifiée par les faits, c’est pour cela qu’il peut être la condition de toute connaissance. Le stéréotype par contre est le fruit d’une démarche inductive sans être “scientifique”. Il ne s’agit clairement pas d’une hypothèse mais d’une ou quelques expériences généralisées à tort et à travers. Dans le cheminement de la connaissance, on peut admettre que le préjugé peut laisser la place au stéréotype (sinon à une induction saine), et que ce dernier peut être remplacé à son tour par un autre préjugé, et ainsi de suite. On peut dès lors admettre que c’est impossible de “combattre” tout préjugé ou stéréotype parce qu’ils constituent le cheminement de toute connaissance. Par contre, tel dans la sensibilisation autour de thèmes précis, il ne s’agit pas de combattre mais de réutiliser : on exploite la connaissance déjà préétablie pour apporter des éléments nouveaux qui réfutent celle de départ. On ne commence jamais d’une table rase.

Il en résulte le constat que l’attitude la plus raisonnable à adopter dans la collecte de l’information pour enrichir ses connaissances, est celle du principe du doute. C’est le fait de ne pas être rigide dans ses préjugés ou stéréotypes. On peut admettre telle ou telle information, et assumer pleinement les conséquences de sa réutilisation et diffusion faute de trouver mieux. Cependant, on doit toujours rester ouvert à la possibilité de l’existence d’une information qui peut être contradictoire, complémentaire ou simplement nouvelle, qu’on peut récupérer soit par un canal différent soit parce que les circonstances intrinsèques ont elles-mêmes changé.

Cette attitude envers l’information – la base de tout connaissance – est vitale dans un monde où l’information circule avec une vitesse hallucinante, impliquant une vitesse conséquente de changement dans le monde, et où même les canaux de l’information sont en constant changement. Tous les points de repères que l’on doit donc adopter dans la société et qui sont étroitement liés à l’information (excluant ici les repères d’ordre moral) doivent être des “repères provisoires”, de sorte à ce que chacun puisse avoir des préjugés et des stéréotypes sains car il serait capable de les changer lui-même.

par Yahia Chlyeh | classé dans Réflexions

Commentaires (2)

  1. fatima azzahra chaffai le 09/11/2009 à 21h

    l ‘article est tellement riche sauf ce que je trouve d “illogique” le fait qu’il existe des préjugés négatifs et des préjugés neutres. à mon avis on ne peut pas dire qu’un préjugé peut etre neutre. en effet, le mot préjugé contient déja un sens subjectif, comportant le sens de jugement. ce que j’admet de dire est de distinguer entre un préjugé positif et un préjugé negatif.

  2. Je suppose que ta remarque se rapporte aux stéréotypes et non pas aux préjugés.
    Alors, j’ai choisi de les appeler stéréotypes neutres parce que lorsqu’on les compare à ceux négatifs, on voit qu’ils ne portent pas (directement) atteinte à la cible (avoir l’idée qu’une certaine catégorie de personnes soit riche ne leur fait pas vraiment de mal que si on a l’idée qu’elles sont mal éduquées ou agressives).
    Donc j’ai évité d’utiliser le mot “positif” parce que ces stéréotypes ne sont pas aussi positifs que ça (et ça peut même induire en erreur).

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